Figure dominante parmi les commentateurs de la Bible, Origène a suscité les sentiments les plus vifs et les plus opposés. Il est en fait le premier commentateur des Écritures : il en commente presque tous les livres, durant toute sa vie. Et son influence est considérable. Même s'ils ne sont pas toujours d'accord avec lui, les auteurs qui viennent après lui sont complètement influencés par son interprétation. Qu'ils le veuillent ou non, ils vont toujours se situer par rapport à lui.
Né vraisemblablement à Alexandrie vers 185, Origène a donc véritablement ouvert les voies que les autres exploitent, sans même parfois être conscients qu'ils lui sont redevables. Et ce, bien qu'il ne subsiste qu'un quart de son oeuvre immense de près de 250 tomes de commentaires et d'au moins 500 prédications. La disparition majeure de son oeuvre tient au fait que, bien après sa mort, il sera condamné par des hommes qui n'on pas compris son approche des Écritures.
On reproche d'ailleurs à Origène des doctrines qui sont en grande partie développées par d'autres, notamment à l'intérieur de cercles monastiques. Ce sont donc davantage ces doctrines dérivées d'Origène, parfois même contraires à sa pensée qui sont désapprouvées. Origène sera finalement condamné sans qu'il y ait une confrontation directe avec ses oeuvres. Il y a aussi le problème d'interprétation lié à la langue : l'oeuvre d'Origène en langue originale, soit le grec, a largement disparu. Heureusement, il avait été traduit en latin, mais l'oeuvre d'Origène étant très complexe, les traductions se révèlent parfois assez imprécises...
On reprochera ainsi à Origène différentes hypothèses, telles que la préexistence des âmes, la succession des mondes jusqu'à ce que tous les esprits aient librement accompli leur conversion vers Dieu ou encore l'identité entre l'état initial du monde et son état final. Mais c'est mal comprendre la méthode origénienne : en effet, la singularité de son oeuvre est d'avoir tenté de dégager une doctrine cohérente à partir des affirmations de l'Ecriture.
Pour Origène, l'Ecriture est source de vérité. Avec lui, le christianisme devient une religion du Livre. Depuis Origène, il est entendu que toute la tâche du chrétien est d'interpréter le Livre. Mais il y a un deuxième aspect, qui s'ajoute à sa conception de l'Ecriture comme source de vérité : Origène va également tenter de proposer un système qui relie toutes ces affirmations scripturaires, en émettant différentes hypothèses de travail. Il n'arrête pas de chercher. Son goût incessant de la recherche le conduit, devant une difficulté, à énoncer, à titre d'exercice, une proposition de solution, à formuler des hypothèses. Il n'est pas dans l'assertion définitive et dogmatique. En veut d'ailleurs pour preuve son utilisation fréquente de l'adverbe "peut-être". C'est, bien avant l'heure, l'attitude que sont censés avoir les scientifiques qui étudient le réel et en déduisent les lois de l'univers.
Origène est un auteur passionnant. Quand vous le lisez, il vous communique son goût pour la recherche. Vous le voyez interpréter des textes et vous avez littéralement l'impression d'être dans son atelier. Et rien n'est jamais acquis pour lui. Si quelqu'un trouve une meilleure idée qui respecte les affirmations bibliques, il recommande que ce soit à cette idée qu'on se rallie. A nouveau, c'est bien avant l'heure l'attitude qu'ont les vrais scientifiques d'aujourd'hui...
Loin de lui être favorable, malheureusement, cette attitude d'humilité face aux textes a plutôt eu tendance à le prétériter par la suite : formuler des solutions à titre d'exercice n'est pas quelque chose que les théologiens savent toujours apprécier... Comme les religieux du temps de Jésus, puis du temps des persécutions des vrais chrétiens, les pseudo-théologiens préfèrent le dogmatisme...
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D'Origène, lire p.ex. Au commencement était le Verbe
